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Ma vie, mon œuvre, ton cul !

 


Apprendre


Nous sommes au tout début des années soixante.

Mes premières dix premières années se passent dans une cité. Elle ressemble au décor en carton découpé du générique de l'émission pour enfants, Nounours. La marionnette, qui chaque soir, vient nous dire "bonne nuit les petits". Je suis petit aux Courtilières. Cette cité est une utopie de l'architecte Émile Aillaud, à Pantin, en Seine-Saint-Denis, le trop neuf trois. Les Courtilières se dessinent aujourd’hui tel un serpent se mordant la queue sur les vestiges de la zone, celle là même qui ne devait pas être habitée, la zone non ædificanti. Elle s’est, pourtant, construite de baraques en bois et de cités d’urgence en tôles ondulées. Cette même zone s’habilla de pauvreté aussi sûrement que l’hiver 54 fut froid et l’été 74 fut satisfait, bourgeois, décadent. Les années soixante-dix, c’était le début de la fin, la fin des trente fameuses ! L’époque se prenait l’étalon or, le dollar, le pétrole, l’inflation, l’économie, tout dans la gueule, finie la politique, finie l’utopie, s’ouvrait le nouveau monde du vide bleuté par la lucarne des mensonges, le monde des marchands de sable.


Je suis né le 27 janvier 1959, mes parents ont emménagé au 23 parc des Courtillières, trois jours auparavant. C’était une cité de luxe qui serpentait sur une si grande distance qu’il nous fallait plus de 25 minutes pour en faire le tour. Elle était l’enceinte d’une immense cour végétale et de services, crèche, école, place du marché. L’architecte nous voulait une vie sans vis à vis, sans promiscuité, avec de l’hygiène, des WC et une salle de bain dans chaque appartement. Du jamais vu dans une cité ouvrière. Dans chaque salle de bain régnait une baignoire sabot si petite qu’à treize ans je ne pouvais plus m’y asseoir, une baignoire quand même ! Cette cité ce fut un hôtel pour beaucoup de ces habitants, un hôtel de luxe comme nulle autre cité.

Aux beaux jours, nous allions goûter sur les terrains vagues autour des bâtiments encore peints du camouflage kaki des temps de guerre du journal L’Illustration. Nous jouions aux cowboys et aux indiens face au dernier troupeau non de bisons mais de moutons. Le samedi matin le montreur d’ours venait sur la place. Il faisait monter et descendre un pauvre bouc puant sur une petite échelle. Un singe vert sur l'épaule du forban, comme un perroquet,  grimaçait et lançait de petits cris stridents. Il me faisait peur ce macaque aux dents exposées tel un macchabé. La gitane du plateau d’Avron, enveloppée dans sa robe en lourds rideaux, claquait ses castagnettes en esquissant quelques pas de danse à l'Esmeralda. Le singe Joli-cœur et le caniche jaune rapiécé nous la racontaient Sans Famille. Le spectacle était piteux. L’ours était miteux. Bien loin de l’assistance, entravé de lourdes chaines, il somnolait assis attendant une pomme en récompense de son existence de chien. J'aimais les animaux. J’étais aux anges. J’avais quatre ans. Plus tard, je m'occuperai des animaux.

Dimanche prochain nous irons en famille visiter l'oncle Georges et tante Élise aux Jardins du Roi, ceux là même qui à la française rayonnèrent sur le monde, ceux de la grande serre, ceux des dinosaures, des minéraux, des animaux, des plantes, le Jardin des plantes de Paris. Monsieur et madame Tison habitaient dans les petits pavillons XVIII ème siècle, encadrants la porte principale face à la gare d'Austerlitz. Mon oncle Georges était gardien chef du Jardin des Plantes. C'est lui qui était responsable chaque soir de l'évacuation des visiteurs et de la fermeture des grilles géantes. Le moment magique était pour moi, particulièrement l'hiver, entre chien et loup, quand il faisait sa dernière tournée. Il vérifiait la ménagerie. L'expérience était terrifiante au milieu des fauves, de tous les animaux nocturnes, et  Dieu sait à quel point il y en a dans un zoo, qui se réveillaient, feulaient, grognaient, hurlaient dans une agitation sauvage.

J’avais 7 et 9 ans. Plus tard je serai vétérinaire.




Comprendre


Je suis seul aux Courtillières, enfant unique, le soir je ne retrouve ni frères ni sœurs pour partager mes jeux. Je suis seul, comme le chevalier errant. Mon écu est de papier, ma lance est taillée dans le bois d'un crayon. Je suis armé. je combats le dragon-cafard. Je dessine. Aux Courtillières beaucoup dessinent. Uderzo dessine. Astérix voit le jour un après-midi caniculaire du mois d'août 1959 "en un quart d'heure", dans une HLM face au cimetière de Pantin, devant un pastis. À quelques pas, un peu plus tard, Lone Sloane l'anti héros nihiliste des nuits flamboyantes inter-stellaire prend vie dans une tour face au cimetière de Pantin, Philippe Druillet dessine. En 1968 les garçons lisent des dessins, le Journal de Mickey, Blek le Roc, Capitaine Swing, Akim Color, Pif Gadget, Spirou Magazine, le Journal de Tintin et surtout Pilote Mâtin, quel journal ! En 1975, les garçons lisent Charlie Hebdo, l'Echo des Savanes, Mormoil, le nouveau Pilote, Fluide Glacial, Achille Talon Magazine, Métal Hurlant, le Journal de Lucky Luke.  Je ne sais pas ce que lisent les filles, Ah Nana !

En Bande Dessinée j'étais le plus fort, je connaissais tout, je voyais tout, je lisais tout. Je triomphais en 1977, catégorie BD, au jeu télévisé de " la tête et les Jambes" avec Pierre Pascal. Le même qui avec Claude Moliterni et Francis Groux fabriqueront l'industrie du 9ème art en France. J'allais de Conventions en Salons, du Palais de la Mutualité de Paris au champ de Mars d'Angoulême. J'étais partout. Le Salon d'Angoulême coïncidait à ma date anniversaire et était mon meilleur cadeau. En 1975, au théâtre municipal sous l'affiche de Franquin à l'occasion d'une projection de courts métrages potaches réalisés par Fred, Alexis, Claire Brétécher et Gotlib, nous étions sous le choc de la rigolade. Mais rien ne pouvait nous préparer à la seconde partie du spectacle avec le "Cartoon Concert" de Vaughn Bodé. Ce fut une révélation. J'étais aux anges. J'avais 16 ans. Je serai Rock'n Roll dessinateur.




Faire


Il est vrai que de toutes les écoles de formations artistiques fréquentées, la plus prestigieuse fut celle que je côtoyais le moins. J’accompagnais Stéphane chez son père, professeur de céramique dans la prestigieuse école de l'Art Institute of Chicago. J'y suivais les cours du professeur Roth, "Fundamentals", tout un programme.

Le week- end je visitais la  mégapole. Il faisait chaud cet été de 1980. Dans les quartiers populaires, les bouches d'incendies déversaient leur fontaine d'eau refroidissant les carrosseries et les cerveaux surchauffés. La ville bouillonnait. Les rues swinguaient envahies par des hordes de fanatiques, des hommes, des femmes, des enfants, de tous les âges avec des lunettes noires, des chapeaux mous, des costumes embadgés de pins à l'effigie du film qui ravageait la ville depuis qu'il y fut tourné, The Blue Brothers ! Sweet Home Chicago !

À Paris, je rentrai aux Arts Appliqués et Métiers d'Arts, l'ENSAAMA, j'allais à l'ESAD, les Arts Déco ! J'y découvrais le premier Ordinateur de ma vie, un Graph 7, après il y aura le 8, le 9, le Quantel de chez Kiki Picasso et l'Amiga, le 1000, le 500, le 2000, le 600,  le 4000, le 3000 … Je serai Rock'n Roll infographiste.




Parfaire


Rien ne me prédisposait à travailler avec des machines. Quelques rencontres humaines et je remarquai que les pavés numériques des téléphones, des cartes bancaires, des interphones, des ordinateurs s'apparentaient dans toutes les langues, dans tous les pays. L'universalité de la comptabilité, du chiffre, du nombre, nous mondialiserait mieux que les théories communicantes de McLuhan. Le monde était un village où il fallait compter.

Pendant une dizaine d'années, avec la création de l'Atelier Numérique j'embarquai pour l'aventure balbutiante de l'imagerie informatique avec deux amis.

Nous fûmes, au parc des expositions de la Porte de Versailles, au SICOB 88. Notre imprimante couleur crachait à la chaine des reproductions, format carte postale, d'Impression Soleil Levant, le célèbre tableau impressionniste. Une fois les quatre cotés des images rognées par un archaïque massicot à dents, elles étaient distribuées à la volée. Nous n'avions pas huilé l'antique machine de peur de salir les images. Pour chaque coup de massicotage, un couinement jubilatoire, rompait la pompeuse ambiance cravatée et s'amplifiait dans l'espace immense.  Je trônais au milieu d'un parterre foisonnant de cadres gras, fatigués du Dos aussi blafards que leurs déjà trop vieux écrans monochromes en ascii vert. Nous avions le succès facile, normal il n'y avait pas de concurrence avec nos 4096 couleurs sur 24 bits.

Nous développions pour le compte de nombreuses marques et entreprises, des solutions logicielles et multimédias. Les produits phares de la société s'intégraient dans de nombreuses applications des chaines de production des métiers de l'image et des technologies afférentes.

Tout devait s'identifier, se rationaliser, se canaliser en cette fin de décennie. Même le Président de la République était câblé ! L'Atelier prospérait  dans des domaines aussi divers et variés que la production vidéo, la modélisation 3D ou l'impression couleur textile.

Je devenais tour à tour, animateur, ergonome,  formateur, commercial, enseignant, patron, infographiste, technicien, entrepreneur, directeur artistique, n'importe quoi. J'arrêtai l'Atelier Numérique, Nicolas et Jean-François continuaient l'aventure.

La bulle internet ne se pensait pas, la nouvelle économie n'existait pas encore. Je n'en bénéficierais pas. J'avais trente ans. Je ne portais pas de montre. Plus tard je ne serai pas milliardaire.




Vivre


À l'automne 89, je pense à l'été 76.

Pendants ces vacances là, je travaillai à la construction de l'internationale communiste en RDA. Pendant trois semaines, je creusai des tranchées pour passer du câblage dans des ensembles en devenir des faubourgs de Postdam. Il me restait 2deux semaines pour visiter le pays. Je découvrai surtout l'amour et les camps de la mort. Je pense à Stefie Heise. Je pense à la peur lorsque je remonte mon pantalon à la hâte à l'approche de ces deux militaires russes qui, la kalachnikov au poing surveillent, au bord de l'Havel, le no-mansland qui sépare l'est de l'ouest, Postdam de Berlin. Stefie se rajuste en courant. Nous rentrons au camp de jeunes, essoufflés. La délégation française repart le lendemain, sous une pluie de larmes et de gentillesse. Tous sont heureux pour nous, les français, car nous allons à Paris, la ville de la liberté. Nous promettons de nous revoir. D'ailleurs je suis convaincu que les Russes quitteront le pays en 1981 comme prévu. Nous sommes la nuit du 9 novembre 1989. Les Russes ne sont jamais vraiment partis d'Allemagne de l'est.

Je suis seul et je travaille à ma prochaine exposition. Je dessine et trace des troupeaux d'éléphants. Je pense aux beautés perdues de ma jeunesse. L' histoire m'affecte. Le mur de Berlin tombe, "die mauer berliner" s'effondre sous l'archet de Rostropovitch. Toute la nuit je pleure. Une tristesse immense se transforme en amour immense. Cette nuit là, je réalise une de mes plus belles pièces, la première Peau de Serpent, j'en ferai plusieurs autres. L'exposition sera une réussite. J'ai trente ans. Plus tard je serai artiste.




Mourir


Ce ne sont que des histoires.

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, un 6 juin 2004.

L'infarctus est curieusement fort fructueux. À mon réveil, je me souviens des visages, des noms, des prénoms de toutes mes amoureuses depuis la maternelle. La mort donne. "La vie n'existe que dans la mort, il n'y a d'avenir que dans la foi". Je me souviens de l'inscription funéraire, "There is no life except by death, there is no vision but by faith", sur la tombe de Franck Nitti, l'autre visage de Scarface, les gangsters-Janus de Chicago. J'habite Montreuil, une ville de gangsters. Aucun ne s'en vante. Personne n'en parle. Il n'y a aucune trace au Musée d'Histoire Populaire de Montreuil de ses bandits.  De nombreux voyous se sont planqués ou ont habité cette ville de fraternité ouvrière. C'est drôle comme la culture et les mots sont sélectifs dans les villes apparatchiks de la gauche d'après guerre. J'aimerais écrire cette histoire de Montreuil l'arsouille, celle des Knobloch et Abadie, du Rital de chez la mère Delpech, de Ferrara, des frères H. et du gang de Montreuil, de leur pote Thiry, de la Gelée, du Gros, de l'Écureuil, des Postiches et  Knobelspiess et des autres, tous les autres. Quand tout ce beau monde et l'ami Pierrot se retrouvent à Montreuil au chevet de madame le lune, ce n'est plus du Méliès le magicien, c'est du rififi à Cap Carnaval, ça flambe, ça tire, ça fume, ça explose … J'ai déjà essayé d'écrire. Il faut du courage pour écrire. Je devrais essayer d'avoir du courage. Plus tard je serai courageux.

Un livre a changé ma vie. J'ai treize ans. J'empreinte à la bibliothèque un roman américain de Thomas Berger. C'est l'histoire d'un jeune blanc qui devient indien après avoir été enlevé par des Cheyennes. On en a fait un film à succès. Mémoires d'un Visage Pâle plus connu sous le nom de Little Big Man. Ce livre m'a tant transporté au fil des années que j'ai beaucoup lu sur les natives, les colons, le continent nord-américain. J'aimerais raconter une aventure avec des indiens. Il y aurait les Mohawks, leurs ennemis les Ojibway, leurs ennemis les Sioux, leurs ennemis les Pawnees, leurs ennemis les Osages …  On verrait le déchainement des éléments dans de grands paysages exaltant les natures humaines de sentiments sauvages et passionnés. Je raconterais une quête, un road movie romantique sur fond historique qui se passerait au 18 ème siècle. Dans cette épopée, vous verriez vivre le Jardin des Plantes dans lequel travaille un jeune apprenti du nom de Pierre Jean-Baptiste Pratt du Par. Ce serait une grande fresque tumultueuse où le jeune homme irait au delà de l'océan, des plaines et des montagnes, très loin au septentrion, à la poursuite d'un animal mythique. Toute une galerie de personnages divers et attachants, aux caractères variés, défileraient tout le long de la narration, forcément palpitante. Vous découvririez le peintre écossais au tempérament impulsif mais au cœur d'or, la princesse huronne clef de voûte de l'expédition, Louis Georges Daubenton le grand savant, Odzihozo, qui s'est fait par lui-même, tantôt Iroquois, tantôt Ojibwa et la bête, l'Ohioensis Carnivores Elephas, l'éléphant carnivore de l'Ohio. J'ai 40 ans quand je rêve de cette histoire. Plus tard je serai écrivain fantôme.




Aimer


Pour l'heure je peins et c'est l'objet de ce site, mais je ne l'avais pas encore dit.

Je voulais aller en Asie, je suis allé en Afrique. Je n'y ai pas vu d'éléphants. Il n'y a plus d'éléphants en Afrique sauf sur les dépliants publicitaires des agences de voyages. Elles nous vendent d'odieuses images mensongères. Elles vantent le sublime et n'offrent que de misérables fantômes neurasthéniques, qui déambulent à la recherche des poubelles de l'histoire et celles des hôtels touristiques. Les grands espaces africains rétrécissent comme peau de chagrin. Une disparition orchestrée et consciente, sous le déluge des feux économiques des siècles salopards. Tous sont assis au festin des puissants, les chasseurs, les faisans, les malfaisants, les contrebandiers, les faiseurs et l'argent qui coule à flot dans l'escarcelle des dictateurs et autres démocrates hypocrites. À Montreuil, j'habite à cent mètres d'un foyer de travailleurs venus des anciennes colonies françaises d'Afrique de l'ouest. Ils sont pour le plus grand nombre Soninkés et Bambaras. Pendant plusieurs années je suis allé au foyer Branly pour les dessiner. J'ai fait beaucoup de portraits à l'aquarelle. Je voyageais luxueusement, allers et retours, Paris-Bamako-Kayes-Dakar-Montreuil, sans contrainte financière. Mon carnet de voyage se remplissait sans frais, simplement, en voisin. Je rencontrai beaucoup de musulmans, aucun ne m'a égorgé. Ils m'offraient la possibilité de prendre conscience dans des cultures, des histoires, des croyances, pour moi, nouvelles. Je découvrais des citées de diamants, des royaumes d'or et d'argent. Se sera le prochain rêve de l'âge d'homme. Le voyage de René Caillé en valait la peine, la conversion à l'Islam, l'abnégation, la souffrance, du pays de Saintonge aux sables du Soudan, quel voyage ! Caillé fut, de mémoire d'homme, le premier blanc à pouvoir entrer et découvrir Tombouctou l'interdite, la ville sacrée des sciences et du savoir, la ville aux mille mosquées. S'il y a un prophète et Mahomet est celui-ci il y a plusieurs Islams, plusieurs visions d'une même religion. Il y a plusieurs yeux pour voir Dieu et ce précieux en France comme dans son écrin permet à chacun de ne pas le regarder, de lui lâcher la main, de n'y rien voir, de circuler, libre. À Montreuil, devant chez moi, sur le trottoir en face, il y a une église. Elle s'appelle Saint Maurice. Je suis un des rares sinon le seul à m'amuser de la coïncidence entre ce nom et la proximité du grand nombre de noirs musulmans. Je rappelle au curé que Maurice est le premier noir sanctifié de l'histoire de la chrétienté. Aucune lueur divine ne transparait de cette circonstance. Par contre, les catholiques ne remercieront jamais assez l'agence publicitaire Ben Laden d'avoir en son temps oeuvré efficacement au renouveau de la fréquentation des églises. La communication pour les représentants du Vatican reste une affaire de fidèles proportionnels aux nombre de cadavres ! Par contre, les musulmans en "serial vendeur" communiquent en moulin à vent un prosélytisme récurrent. À Montreuil, derrière chez moi, sur le jardin, il y a une mosquée. Elle s'appelle Masjid al Oumma, la Mosquée de la Nation. Sur rue et sur cour ma maison est sous bonne protection. Aujourd'hui je suis l'entre Dieu. Plus tard je serai mort.

Je peins à l'huile. C'est nouveau, avec une palette, des tubes et des pinceaux. Je traduis des images à la peinture à l'huile composées sur mon jeTéléphone, il change mon fonctionnement créatif, même ce texte de présentation s'écrit sur son dos. L'iPhone est un chien je ne sais pas si je le promène ou s'il me suit partout. Ce chien mange tout le temps. Tout est bon pour le sortir de ma poche et le gaver, écouter une symphonie en marchant, noter une idée chez le charcutier, photographier un arbre en ville, écrire un roman inintéressant, lire une vieille nouvelle, consulter mon courrier périmé, peindre à l'aquarelle sans eau, cela ressemble à une publicité. À la première rencontre avec l'objet pommé, le monde, d'un village est devenu WC. Mon iToilette culturelle de poche change nos iComportements aussi surement que l'automobile a remplacé nos sentiments et les chevaux qui vont de pairs. Sauf que, l'automobile est une inconséquence de l'histoire humaine, un bubon à pognon, un chancre de mort, une excroissance de l'handicape. Nous avons abandonné les équidés pour devenir bovidés : des boeufs ou des veaux selon les circonstances, tantôt castré du bulbe sous adrénaline, grisé par la puissance de vitesse, tantôt vache à lait pour se faire pomper dans le porte-monnaie. L'ordinateur de poche, lui, peut nous emmener loin, plus loin qu'une voiture, en nous apportant le renouveau, à l'image d'une tête sur un plateau. Plus tard je serai Salomé. Comme je les aime ces femmes jivaros. Celles qui dans les mythes et religions deviennent Judith, Lilith et autres filles de Babylonne. La décollation m'a fait décoller. Cette image de tête coupée devrait faire depuis longtemps l'objet de thèses tant elle est forte et jalonne la culture occidentale, tant nos vies sont pleines de têtes coupées. Une tête flottante dans le formol m'a permis de rencontrer Yves Coppens, vous savez un petit barbu brachycéphale médiatique qui découvrit, avec d'autres, la môme Lucy, une vieille parente à tous. Ce monsieur, quand il était Directeur du musée de l'homme, m'a ouvert son armoire molle. Elle était dans son bureau, au dernier étage, entre un vaste fauteuil en cuir accueillant et le crâne de Descartes, le vrai. L'armoire de métal d'entreprise administrative contenait toutes sortes de récipients en verre dans lesquelles baignaient des chairs et morceaux de choses in-montrables. Dedans, sans rangement, il y avait les lèvres vaginales de Sawtche, la Vénus d'Afrique du sud, macronymphe et stéatopyge dont on nommait les organes de cette litote littéraire, Tablier hottentote. Il y avait ce copain de Bonnot, un gars de la Bande, du moins ce qu'il en restait, guillotiné net, le bocal dans le bocal, l'encéphale en eau trouble, flottant parmi ces particules suspendues. L'armoire était remplie de ce genre. Le chercheur me racontait ses souvenirs d'étudiant quand il dérangeait, a pas d'heures, monsieur Tison, aux Jardins des Plantes. Je connaissais Yves Coppens par ses théories sur les conséquences de la Rift Valley et du développement bipède sur l'humanité en marche, mais surtout ce que l'on sait moins, comme spécialiste des pachydermes. Nous discutions d'éléphants, de corps décapités, d'anatomie comparée. Les vulgarisateurs des sciences sont souvent de doux dingues rigolos. J'aime les conversations avec les scientifiques. J'en ai rencontré trois ou quatre. Plus tard je serais savant fou.

En attendant, je peins.



juin 2011

 

Les images d’en-tête :

Les  Courtillières 1960, Fanzine Cheech Wizard, Bodé © 1972, Carte d’étudiant SAIC 1980, Amiga 500 et Boing 1989, Terre, Loubet Loubet ©  col. privée 1989, Trois éléphants dans une huître, Loubet Loubet ©  col. privée 1998, Blatte aquarelle 2006, Portrait numérique de MM.sur iPhone 2010, série de Vagues sur iPhone 2011.

image de corps :

Étude pour Expulsion rue René Caillé à Paris